[Revue de presse] Tech & Business

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Les articles qui m’ont intéressé cette semaine parlaient surtout d’économie et de tech. J’ai tenté de sortir du thème sur la fin mais je doute que l’initiative soit validée.
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On parle Business

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  • Si vous ne l’aviez pas lu au moment de sa sortie, je vous conseille l’excellent portrait de Fidji Simo réalisé par Les Echos. L’article revient sur le parcours de cette française aujourd’hui à la tête des pôles vidéo et médias de Facebook, et évoque en filigrane la stratégie du groupe sur ces sujets depuis bientôt quatre ans
  • Intelligence artificielle, impression 3D d’organes, Li-Fi… Les startups de la Deep Tech s’appuient sur des innovations de rupture et s’apprêteraient à bouleverser l’ensemble des secteurs économiques. Les Echos s’intéressent à leur modèle, leur impact et l’opportunité qu’elles représentent pour les grands groupes. En attendant l’arrivée du prochain Tech word à la mode
  • Quatre ans après la publication du best-seller de Sheryl Sandberg “Lean In: Women, Work, and the Will to Lead”, il est toujours aussi difficile pour les femmes de se mettre en avant. Malgré l’éclairage de son livre sur le sujet, beaucoup de chemin reste à parcourir

 

  • Blablacar va au bout de sa logique “car as a service” en proposant une offre de location de voitures longue durée
  • L’Arabie Saoudite a embauché Citigroup, HSBC et JP Morgan pour coordonner son offre d’obligations charia-compatibles. BNP Parisbas et la Deutsche Bank sont également impliquées dans le processus
  • Les entrepreneurs ont pour leur compagnie le même type d’amour que celui qu’ils portent à leurs enfants. Cet article de Quartz explique en quoi c’est un problème
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Internet et Technologies

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  • Qui se souvient encore de Digg ? J’ai ouvert leur newsletter et j’ai bien fait : The web looks like shit est à la fois superbe sur le plan graphique et particulièrement jouissif à lire
  • Les logiciels open source sont en pleine croissance. De plus en plus de grandes entreprises s’appuient sur de l’open source, et remettent en question les anciennes pratiques IT. Ces solutions sont pourtant peu connues et peu lisibles pour le grand public. Cet article TechCrunch tente d’y mettre un peu d’ordre

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Bonus

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Savez-vous comment on identifie une victime inconnue de meurtre ? Mrs Angemi est l’un de mes comptes préférés sur Instagram : elle travaille dans une morgue comme Pathologist assistant et poste régulièrement des photos et des explications très détaillées de ses dissections. C’est un peu fore, mais si ça vous intéresse, je vous conseille sa dernière publication sur le sujet. Vous aurez été prévenus
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[Revue de presse] Tech & Business

Ce que la fonction Search de Snapchat remet en cause

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Le 31 mars dernier, Snapchat annonçait le lancement de sa fonctionnalité Search. Pour l’instant déployée aux Etats-Unis, elle permettra d’utiliser des requêtes pour naviguer parmi le million de Stories publiées chaque jour. Snapchat explique qu’il utilisera des algorithmes pour scanner le texte de chaque message, identifier des mots clés et les grouper par thème et par localisation.
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Comme le souligne TechCrunch avec beaucoup d’enthousiasme, le temps passé sur l’application risque fort de croître :
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“Search is like having the world’s biggest Blockbuster video rental spot open up next door. Suddenly you can browse a near-endless array of content in all sorts of categories, from popular mainstream releases to weird niche foreign films. New films arrive faster than you can watch them, so there’s always something you haven’t seen available.”
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Là-dessus, deux remarques. Premièrement, cette fonction ne propose rien de nouveau par rapport à Periscope. Ensuite, elle paraît plus ou moins s’inscrire dans la continuité des usages de Snapchat.
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Pourtant, il semble qu’un tel changement ne soit pas anodin. Et pas seulement parce qu’une modification UX est en soi une prise de risque (cf. les réactions ulcérées suite au changement des @mentions sur Twitter). Avec cette fonction Search, Snapchat s’éloigne radicalement de sa stratégie et de son ambition initiales.
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UNE RUPTURE DANS LA STRATÉGIE DE SNAPCHAT

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Cette nouvelle fonctionnalité entraîne en effet une rupture dans la stratégie d’innovation de Snapchat. Jusqu’à présent, Snapchat se construisait en indépendance : d’abord avec ses messages éphémères, puis ses filtres, ses stories et son offre média Discover. Ces fonctionnalités lui étaient propres et marquaient sa différence par rapport aux autres plateformes sociales.
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Cette stratégie a depuis été copiée : les filtres sont disponibles sur Messenger, les stories sur toutes les applications du groupe Facebook. Cette différentiation initiale a conduit à une commoditisation, et a ainsi contribué au ralentissement de la croissance de Snapchat.
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Conséquences à cette absorption des fonctionnalités par la concurrence :
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  1. Snapchat se retrouve désormais à attaquer ses compétiteurs sur leur propre terrain
  2. Il s’engage dans le machine learning, un domaine qui pour l’instant n’était pas constitutif de son offre. Snapchat précise par ailleurs qu’il continuera à étendre les moyens dont il catégorisera les contenus – pourquoi pas en scannant les musiques ou les dialogues des Stories.
Mais ce glissement de stratégie ne montre pas seulement un changement de moyens : il remet en question une ambition de départ.
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Une nouvelle façon de se mettre en scène

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La fonctionnalité Search entérine en effet le “profil minimum” des débuts.
Pour rappel jusqu’en 2013, Snapchat proposait quelque chose de radicalement différent de ses concurrents en contraignant ses utilisateurs à n’avoir la main que sur leur pseudo. La mise en scène de soi passait uniquement par les contenus partagés et le temps passé sur la plateforme. Il n’était par exemple pas possible de sélectionner de photo de profil, de couverture ou encore de biographie.
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Cette prise de position à progressivement été revue, avec l’introduction des avatars et d’un système de points qui comptabilise la participation et le nombre de relations. De même, l’ajout d’amis s’est simplifié : on entrait au départ les utilisateurs à la main, on peut maintenant les sélectionner via des snapcodes ou son carnet d’adresse. Mais la promesse est la même : on reste limité à son cercle proche, aux marques, aux médias que l’on connaît ou qu’on suit déjà. Pour trouver de nouveaux profils, il faut nécessairement en faire la démarche et s’extraire de la plateforme.
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Introduire la possibilité de naviguer à travers les Stories, c’est autoriser les utilisateurs à accroître leur nombre de profils suivis. C’est donc toucher à deux paramètres :
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  1. L’éditorialisation de soi, qui auparavant passait uniquement par les contenus partagés. On peut se demander si on ne verra pas bientôt apparaître des biographies à côté de nos avatars
  2. Le temps passé sur l’application. Un cercle proche impliquait un nombre de snaps fini. Désormais, l’audience sera d’autant plus captive qu’elle pourra se perdre dans la masse des contenus partagés.

 

POUR QUELLES CONSÉQUENCES ?

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L’introduction de ce changement d’UX n’est donc pas neutre et pourrait avoir plusieurs conséquences :
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  • D’une part, un changement dans la représentation de soi de l’utilisateur sur le réseau, qui ne sera plus limitée à son cercle proche mais étendu à l’ensemble de la communauté
  • Un plus grand intérêt dans la quête d’audience et les metrics (et pourquoi pas un engagement plus fort dans le design de la vulnérabilité). Autre conséquence possible : la multiplication de “célébrités” uniquement nées de Snapchat, comme Ohplai
  • Qui dit metrics dit mesure, et donc potentiellement un nouvel intérêt pour les marques. Instagram a récemment revendiqué 1 million de comptes professionnels, il n’est pas impossible que Snapchat veuille se renforcer sur ce terrain (en plus de ses partenariats exclusifs avec des entreprises médias via Discover)
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En faisant le choix de sortir d’un cercle proche pour se tourner vers la communauté, Snapchat se met lui aussi à attaquer ses concurrents de façon frontale. Si cette stratégie fonctionne, elle pourrait  redonner un nouveau souffle à l’application dont la croissance était récemment en perte de vitesse.
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Ce que la fonction Search de Snapchat remet en cause

Du Quantified Self, pour quoi faire ?

Pour rappel, ou si les termes ne vous inspirent pas grand chose, le Quantified self est une forme de mise en scène de soi par les chiffres. Des pratiques de quantification du quotidien qui peuvent concerner en vrac : son activité physique, sa perte de poids (du moins sur l’objectif), son humeur à un instant T, son temps de sommeil…

Je vous renvoie d’ailleurs à cet article d’InternetActu pour y voir plus clair, qui souligne qu’il s’agit là :
– D’une pratique marginale, cantonnée à des domaines spécifiques
– Ponctuelle : “une fois l’évaluation faite, la quantification n’a plus de sens”

A première vue donc, des pratiques un peu farfelues. Disons, peu communes, car qui irait sur le long terme enregistrer la moindre de ses activités à part Gordon Bell, le chercheur de chez Microsoft qui a pris l’habitude de se balader avec une caméra sur la tête ?

Et pourtant, le mouvement prend de l’ampleur. Pour exemple, le succès du Nike Fuelband, qui permet de mesurer son activité physique, se fixer des objectifs, partager ses résultats sur les réseaux sociaux et défier ses contacts (le groupe considère en effet que le Fuelband a permis de faire bondir les ventes de sa catégorie Equipment de 18% en 2012 – contre -1% en 2011). Ou encore, le Klout Score – the standard for Influence. Un indicateur qui compile son activité sur les réseaux sociaux (commentaires, likes, partages…) pour quantifier son e-réputation.

La moindre activité du quotidien peut donc être compilée, mesurée, enregistrée – pour autant qu’on y trouve un intérêt. En cela, certaines applications ont ajouté une dimension de gamification au dispositif (en allant clairement plus loin que les exemples précédents, cantonnés à une logique de défi). C’est par exemple le cas de HabitRPG, un jeu de rôle en ligne où l’utilisateur se fixe de petits objectifs  (prendre les escalier, moins grignoter, appeler sa mère) gagne des points d’expérience en fonction de ses progrès, passe des niveaux et s’octroie des récompenses.

Si dans l’idée, le Quantified Self peut concerner une multitude de domaines, on le retrouve bien souvent sur les thématiques sport et santé. On se mesure ainsi via des objets connectés, des appareils directement branchés sur son smartphone, des sites Internet ou encore de simples applications. Et le dispositif peut osciller entre minimalisme et spectaculaire :

Tweet What You Eat : un site pour tenir le journal de ses aliments (et calories) consommés chaque jour, enregistrer ses progrès et sa perte de poids, pour les partager ensuite sur les réseaux sociaux

AliveCor : une coque iPhone équipée de capteurs pour mesurer son rythme cardiaque

 

CellScope : un gadget à brancher sur son smartphone pour ausculter sa peau en haute définition, et transférer ses résultats à des dermatologues

Cure Together : un site pour compiler ses symptomes, son état de santé, son traitement pour partager ses expériences et se soigner ensemble

Autre projet toujours plus innovant, celui de OM Signal : des vêtements intelligents pour mesurer son activité (rythme respiratoire, cardiaque, humidité de la peau, température, activité physique…). Ces données peuvent non seulement calculer le nombre de calories brûlées, mais aussi l’état émotionnel d’une personne – stressée, détendue..  Une fois partagées via son smartphone, elles permettent ainsi de suivre en temps réel l’état de santé de ses proches.

Mais le partage, justement, est une dimension qu’il convient de relativiser. Car si l’idée de reprendre une activité sportive grâce à une application comme MapMyFitness est assez séduisante sur le papier, elle pourra tout de suite sembler moins valorisante lorsqu’il s’agira de mettre en ligne les résultats de ses pénibles 12 premières minutes de footing. Et c’est bien ce que rappelle Hubert Guilaud dans l’article Internet Actu déjà cité : “souvent les quantifiés choisissent ce qu’ils mesurent : les utilisateurs ont donc tendance à mesurer des choses positives et n’hésitent pas à les suspendre quand elles deviennent déprimantes”.

On ne partage pas n’importe quoi, et surtout pas avec n’importe qui. Nike l’a bien compris en associant son FuelBand avec Path, le réseau social privé qui ne permet des connexions qu’avec son cercle proche. Un façon bienveillante d’encourager à publier ses prouesses sous couvert d’une audience choisie et limitée.

Si on peut s’interroger sur la pertinence de cette compilation de ses moindres faits et gestes – pour tout quantifier jusqu’à ses performances sexuellesl’intérêt semble tout trouvé pour les marques. Une multitude de données librement émises et partagées, qui renseignent sur non seulement sur des pratiques mais plus largement sur des habitudes de vie, il y a là de quoi affoler tout bon concepteurs de programmes CRM. De là à repenser très fort au cas Target et à développer un discours alarmiste, il n’y a qu’un pas.

Du Quantified Self, pour quoi faire ?